Quand un Dragon apparaît sur notre carte au-dessus d'un quartier inondé, personne chez nous ne l'a vu passer. Sa position vient de l'appareil lui-même : la plupart des aéronefs calculent où ils sont par satellite et le diffusent en continu par radio, sur 1 090 MHz, avec leur identité, leur altitude, leur vitesse et leur cap. Ce système s'appelle l'ADS-B, et il n'est pas chiffré : une petite antenne et un récepteur à quelques dizaines d'euros suffisent pour l'écouter[2]. Des milliers de particuliers le font depuis leur toit et mettent en commun ce qu'ils captent. C'est de ces réseaux que viennent les hélicoptères dessinés sur la carte.

Photo : Nubifer, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Cette page décrit la chaîne complète, de l'antenne du bénévole à la bulle sur votre écran : les réseaux que nous interrogeons, les familles d'appareils que nous reconnaissons, la règle qui décide de montrer ou de cacher un hélicoptère, et les trous que nous assumons plutôt que de les combler.
Un relais partagé, deux réseaux bénévoles et quatre cercles
Nous n'installons pas d'antennes. Les réseaux communautaires répondent à une question simple, « quels appareils dans un rayon donné autour d'un point ? », avec un rayon plafonné à 250 milles nautiques, environ 463 km[5], et ils tolèrent environ une requête par seconde par adresse. Or la carte des feux de forêt, éditée par la même équipe, tourne sur le même serveur et interroge déjà ces réseaux : notre serveur lit donc d'abord son relais local, qui partage exactement l'entrée de cache que les visiteurs de la carte des feux alimentent, un cercle de 250 milles nautiques centré sur la France, complété par les dernières positions fines de la flotte identifiée sur quatre cercles couvrant le pays et la Corse[1]. Si ce relais ne répond pas, le serveur interroge lui-même adsb.lol, puis adsb.fi, sur les quatre mêmes cercles, en respectant au moins 1,1 seconde entre deux appels à une même source et une pause de dix minutes après un refus[1] ; airplanes.live refuse notre serveur depuis le 12 août 2026 et ne figure plus dans la cascade[1]. Chacun a ses règles : adsb.fi limite l'accès à une requête par seconde et le réserve à un usage personnel, en demandant d'être cité[6] ; adsb.lol fournit ses données telles quelles, ses contributeurs renonçant à leurs droits sur ce qu'ils envoient[4].
La cadence dépend de la situation : un relevé toutes les 15 secondes dès qu'un événement d'eau est en cours quelque part en France, toutes les deux minutes sinon, pour ne pas charger l'adresse partagée quand il ne se passe rien[1]. Si aucune source ne répond, la carte le dit : l'état du calque indique « source injoignable », jamais un ciel vide déguisé en calme[1].
Les familles que nous reconnaissons
Un message ADS-B ne dit pas « je suis un hélicoptère de secours ». Il donne une adresse technique propre à la cellule, parfois un indicatif radio de huit caractères au plus[7], parfois une immatriculation, parfois un code de type. Le serveur applique des règles simples, dans cet ordre, et s'arrête à la première qui répond[1] : le registre nominatif d'abord, quand l'adresse ou l'immatriculation y figure, c'est la preuve la plus forte ; puis les indicatifs, les séries d'immatriculation et les codes de type ci-dessous. Un indicatif de la Douane, dont les avions portent aussi des marques F-ZB, écarte l'appareil d'emblée.
| Famille | Indice reconnu | Fiche |
|---|---|---|
| Dragon, Sécurité civile | Immatriculation du registre ; sinon indicatif DRAGON sur une adresse française (les pompiers italiens émettent aussi DRAGO), ou immatriculation en F-ZBP ou F-ZBQ, la série F-ZB étant réservée à la Sécurité civile[8], ou F-ZB avec un code de type EC45 ou EC35 | Dragon EC145 et H145 |
| Gendarmerie nationale | Immatriculation en F-MJ portée par un hélicoptère, indicatif CHOUCAS ou GENDAR, ou CHX suivi d'un numéro sur une adresse française seulement : ailleurs, CHX est un hélicoptère sanitaire autrichien ou allemand | EC135 et EC145 Choucas |
| Armée de Terre et armée de l'Air | Code de type sans jumeau civil (NH90, PUMA ou AS32 pour le Puma, AS3B pour le Cougar) ; un Caracal (EC25, H225) seulement avec un indicatif d'opérateur militaire (COTAM, CTM, FAF, CIGOGNE, CARACAL, ALAT) ou une adresse d'État | Caïman, Puma, Cougar, Caracal |
| Marine nationale | Indicatif FNY, MARINE ou NAVY ; un Dauphin ou un Panther (AS65) et un H160 seulement avec un tel indicatif ou une adresse d'État, car ils ont des jumeaux civils | Dauphin, Caïman, Panther |
| Hélicoptères sanitaires | Indicatif SAMU, HEMS, HELIMED et assimilés porté par un hélicoptère ; classés pour être exclus des moyens engagés | hélicoptères du SAMU |
| Avions de reconnaissance | Immatriculation du registre, indicatif BENGA, ou F-ZB avec un code de type de King Air | Beech 200 Bengale |
Tout ce qui ne correspond à aucune de ces règles, avions de ligne, hélicoptères privés ou loués, Canadair et Dash de la saison des feux, appareils de presse, est ignoré[1]. Le registre nominatif ne contient que des cellules établies avec certitude : les Dragon, y compris les cinq EC145 détruits gardés pour repérer une erreur de transpondeur, et les trois Beech ; les autres familles y seront ajoutées au fur et à mesure, et chaque fiche d'appareil affiche son tableau dès que sa famille y figure.
La règle d'affichage : bas, et près d'un événement
Reconnaître un appareil ne suffit pas à le montrer. Un hélicoptère de secours n'est dessiné que s'il vole sous 3 000 pieds, environ 900 mètres, et à moins de 10 kilomètres d'un événement en cours : un département en vigilance d'eau orange ou rouge, un tronçon de rivière au moins en jaune sur Vigicrues, une route coupée, ou un signalement d'habitant des 24 dernières heures[1]. Pour un avion de reconnaissance, qui travaille bien plus haut, le plafond est porté à 8 000 pieds[1]. Un appareil en transit, plus haut ou plus loin, n'est pas montré, un hélicoptère du SAMU au-dessus d'une ville sans événement reste invisible, et un appareil observé engagé près d'un événement est toujours montré[1]. La bulle de chaque appareil affiché indique l'événement qui a justifié son affichage, et sa trace récente est dessinée[1].
Cette règle a un coût, que nous assumons : un Dragon qui survole une commune où rien n'est encore signalé n'apparaît pas. Nous préférons une carte qui montre peu et juste à une carte qui montre tout et laisse deviner.
Ce que la carte lit dans une trace, et ce qu'elle refuse d'en conclure
Depuis le 25 septembre 2026, le serveur conserve la trace du dernier vol de chaque appareil classé, jusqu'à 24 heures, sans jamais rien extrapoler, et il y lit une activité mesurée[1] : « au sol » quand l'appareil est posé, en nommant l'hélistation s'il est sur l'une des bases connues ; « vol stationnaire observé (treuillage ou dépose possible) » quand il reste presque immobile en vol pendant au moins 45 secondes hors d'une base ; « recherche » quand il décrit des boucles serrées pendant plus de six minutes ; « posers » quand il se pose plusieurs fois hors base dans l'heure ; « reconnaissance » pour l'orbite d'un avion ; « transit » sinon, et « silence » quand aucune position n'arrive depuis dix minutes, ce qui peut vouloir dire hors de portée des récepteurs[1]. Le libellé décrit un fait mesuré, jamais une mission : la carte n'écrit pas « treuillage en cours », elle écrit ce qu'elle a vu.
Elle va un cran plus loin, avec la même prudence : quand un appareil est actif pendant au moins quatre minutes, hors d'une hélistation, à moins de cinq kilomètres d'un événement d'eau déjà connu et plus près de lui que de tout autre, tronçon en crue, station qui monte, route coupée pour inondation, signalement confirmé par un modérateur, la carte le dit « engagé » près de cet événement, et peut envoyer une alerte[1]. Un département en vigilance d'eau orange ou rouge ou une façade en risque de submersion comptent aussi, mais seulement pour un vol qui n'est pas un simple transit : un Caïman qui traverse un département orange en croisière n'est pas « engagé »[1]. Elle ne crée jamais d'événement à partir d'un hélicoptère : un appareil qui treuille au-dessus d'un champ n'ouvre pas de fiche « inondation », et les hélicoptères sanitaires sont exclus de ces engagements[1]. La formule qui accompagne chaque engagement le rappelle : la présence et l'activité de l'appareil sont mesurées, sa mission ne l'est pas.
Les trous, et pourquoi ils sont là où ça compte
La radio ADS-B se propage en ligne droite. Un récepteur capte un avion de ligne à des centaines de kilomètres parce qu'il vole haut ; il perd un hélicoptère à quelques kilomètres dès qu'une colline, des immeubles ou une vallée encaissée s'interposent. Or le sauvetage en inondation se fait bas, au-dessus des toits. La couverture dépend aussi de la densité des récepteurs bénévoles, forte près des villes et des aéroports, faible en zone rurale et la nuit.
Il y a ensuite ce qui n'émet pas. L'obligation européenne d'équipement ne vise que les aéronefs de plus de 5 700 kg ou capables de dépasser 250 nœuds[3] ; un H145 D3 pèse 3 800 kg au décollage[9], et rien ne l'y contraint, même si les flottes d'État émettent en pratique. Les hélicoptères militaires, eux, n'ont aucune obligation et beaucoup restent muets, ou ne transmettent pas de position exploitable. Enfin, il y a ce qui n'existe pas : le rapport du Sénat sur les crues du Pas-de-Calais rappelle qu'aucun Dragon n'était basé dans la zone[10]. Sur une inondation lente de plaine, il peut simplement n'y avoir aucun hélicoptère de secours en vol. Une carte vide n'est pas une carte en panne.

Photo : Flight-Radar.EU, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Ce que nous refusons de faire
- Extrapoler une trajectoire. Quand le signal cesse, le point s'estompe puis disparaît ; nous ne tirons jamais un trait droit entre deux positions éloignées dans le temps.
- Poser un appareil là où un communiqué dit qu'il est intervenu. La presse nourrit notre revue de presse, pas les positions.
- Affirmer un treuillage. Un vol stationnaire hors base peut être un hélitreuillage, une dépose, une attente ou un exercice ; la carte écrit « treuillage ou dépose possible », pas davantage, et la fiche sur le sauvetage héliporté donne les clés de lecture.
- Remplir une absence. Un appareil militaire silencieux, un vol derrière le relief ou un ciel réellement vide se ressemblent sur la carte ; nous n'affirmons rien dans les trois cas.
La même règle pour la foudre
Nos impacts de foudre viennent d'un autre réseau participatif, Blitzortung, où des détecteurs installés par des bénévoles triangulent chaque éclair[11]. Là aussi, un secteur sans détecteur est un secteur aveugle, et nous préférons afficher un vide qu'un impact deviné. La fiche méthodologie de la carte récapitule ce principe pour chacune de nos sources, et les vedettes de sauvetage en mer suivent la même logique avec le signal AIS des navires.
Sur la carte en direct
Sur la carte des inondations, le calque « Hélicoptères », activé par défaut, montre les appareils reconnus près d'un événement ; touchez une silhouette pour lire l'indicatif ou l'immatriculation, le modèle, la famille, l'altitude et sa source, l'activité mesurée, l'engagement éventuel et, quand elle existe, une photo de l'appareil avec son crédit. Le bloc « Hélicoptères de secours » du volet donne le compte des appareils reconnus et de ceux que la règle masque à cet instant.
Questions fréquentes
Un hélicoptère absent de la carte, c'est un hélicoptère qui ne vole pas ?
Non. C'est un appareil dont aucun récepteur ne reçoit le signal à cet instant, qui n'émet pas de position exploitable, ou que notre règle d'affichage masque parce qu'il vole haut ou loin de tout événement connu. Les vols de sauvetage se font bas, souvent dans des vallées ou derrière du relief, exactement là où la couverture est la plus faible.
Pourquoi ne pas compléter avec les informations de la presse ?
Parce qu'une position dessinée sur une carte doit venir d'une mesure. Un article qui dit qu'un hélicoptère est intervenu à tel endroit alimente notre revue de presse, pas la trace d'un appareil. Mélanger les deux ferait croire à une précision que nous n'avons pas.
Pourquoi cacher les hélicoptères en transit ?
Parce qu'un SAMU qui rejoint son hôpital ou un Dragon qui rentre à sa base n'apprend rien sur l'inondation, et qu'une carte couverte d'appareils sans rapport avec la crue ferait croire à des secours qui n'existent pas. Nous ne montrons un appareil que s'il vole bas et à moins de 10 kilomètres d'un événement en cours.
Voyez-vous les bateaux et les pompes des pompiers ?
Non. Aucun de ces moyens ne transmet sa position publiquement. Seules les vedettes de sauvetage en mer qui émettent en AIS, les habitants qui signalent une route coupée ou un centre ouvert, et la presse nous renseignent sur le terrain.