Pendant une crue, l'hélicoptère est l'outil de la dernière chance : celui qu'on engage quand l'embarcation ne passe plus, quand le courant est trop fort ou quand la maison est cernée. La doctrine de la Sécurité civile rappelle que les secours aériens français comptent une centaine d'appareils à voilure tournante, partagés entre la Sécurité civile, la Gendarmerie et les SAMU, auxquels s'ajoutent en crise les hélicoptères des armées et de la Marine[1]. Ce sont eux qui, dans le Var en juin 2010, ont réalisé 1 350 sauvetages aériens en deux jours[6], et dans l'Aude 141 hélitreuillages en une seule journée d'octobre 2018[7].

Photo : Marc Mongenet, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Cette page décrit la manœuvre telle que la vit une personne à secourir, précise quelles flottes ont le droit de treuiller, rappelle les consignes officielles à suivre avant l'arrivée de l'appareil, et raconte ce que Xynthia, le Var et l'Aude ont changé dans la façon de coordonner ces vols. Elle ne remplace aucune consigne des secours : en cas d'urgence, le 18 ou le 112.
La manœuvre, vue depuis le toit
L'appareil arrive, ralentit et se met en vol stationnaire au-dessus de vous, ou légèrement décalé pour que le pilote garde la vue. Le souffle du rotor est violent : la doctrine note qu'un hélicoptère près du sol projette graviers et cailloux à plus de 40 mètres et que le stationnaire, en concentrant ce souffle sur une même zone, oblige à dégager les abords et à protéger une victime qui ne peut pas bouger[1]. Tenez les enfants, fermez les yeux si de la poussière vole, et ne cherchez pas à attraper ce qui descend.
Le mécanicien, à la porte, fait descendre un sauveteur au bout du câble. Sur un H145 D3, le treuil mesure 90 mètres et permet de travailler plus haut au-dessus des obstacles qu'avec les 60 mètres de l'EC145[9]. Le sauveteur vous rejoint, vous passe une sangle, parfois vous installe dans une nacelle qui remonte deux personnes à la fois[10], puis vous remontez ensemble. Pendant cette phase, les équipages observent un silence radio strict pour ne pas perturber les échanges entre le pilote et le treuilliste[1]. Une personne à la fois, deux avec la nacelle : quand quinze habitants sont réfugiés sur une hauteur, comme à Hesdigneul-lès-Boulogne en novembre 2023[8], l'hélicoptère enchaîne les allers-retours vers un point de regroupement.
Si l'appareil se pose, tout va plus vite, mais les règles sont strictes : attendre que les patins aient touché le sol, attendre le geste du mécanicien, pouce levé, avant d'approcher, et toujours par l'avant, jamais par l'arrière où tourne le rotor de queue[1]. Après l'atterrissage, il faut environ deux minutes pour que les rotors s'arrêtent, et personne ne bouge d'ici là[1].
Qui a le droit de treuiller
Deux législations coexistent : celle des flottes d'État, Sécurité civile et Gendarmerie, et celle des flottes civiles, les hélicoptères sanitaires exploités par des compagnies privées. Seuls les aéronefs d'État ou assimilés peuvent, selon leurs qualifications et autorisations, voler pendant la nuit aéronautique, se poser sur des terrains de circonstance et effectuer des treuillages ; la doctrine range parmi les assimilés certains SAMU et des appareils contractualisés. Les autres hélicoptères sanitaires qui volent 24 heures sur 24 le font pour transporter des patients et, de nuit, sur des aires de poser reconnues et éclairées[1]. En crise, les hélicoptères de manœuvre des armées et ceux de la Marine viennent compléter les Dragon et les appareils de la Gendarmerie : ce sont eux, par exemple, qui ont sorti 136 personnes des marais inondés de Charente-Maritime pendant Xynthia, dont 77 par hélitreuillage[4].
| Flotte | Appareils | Ce qu'elle apporte |
|---|---|---|
| Sécurité civile | Dragon EC145 et H145 | Le sauvetage à personne, jour et nuit, avec un secouriste embarqué ; 23 bases |
| Gendarmerie | EC145 et EC135, indicatif Choucas | Reconnaissance, recherche de personnes, hélitreuillage ; 30 sections aériennes |
| Armées | Caïman, Puma, Cougar, Caracal | Évacuation de groupes entiers, ravitaillement, dépose de sauveteurs |
| Marine nationale | Dauphin, Caïman, Panther | En mer et sur l'estran, sous coordination du CROSS ; à terre, en renfort des secours |
| SAMU | hélicoptères sanitaires | Transport de patients, pas de treuillage en règle générale |
Avant que l'hélicoptère arrive : les consignes officielles
Les sapeurs-pompiers sont clairs : se mettre à l'abri dans un bâtiment en dur et à l'étage, ne jamais monter sur le toit sauf en cas d'extrême urgence, ne jamais traverser un cours d'eau à pied ou en voiture au risque d'être emporté, couper le gaz et l'électricité, et alerter le 18 ou le 112 tout en évitant d'occuper les lignes[2]. La préfecture des Alpes-Maritimes ajoute qu'on n'entreprend une évacuation que si l'ordre en est donné par les autorités ou si la crue l'impose, et qu'on ne s'engage pas sur une route inondée[3].
Ce qui fait venir l'hélicoptère au bon endroit
Ce n'est pas un signe depuis le toit, c'est votre appel. Donnez au 18 ou au 112 votre adresse exacte, le nombre de personnes présentes, la présence d'enfants, de personnes âgées ou blessées, et restez joignable. Une fois à l'étage, montrez-vous à une fenêtre ou sur un balcon si l'appareil approche, sans sortir sur la toiture. Aucune consigne officielle que nous ayons lue ne décrit un code de gestes pour les habitants ; nous n'en inventons pas.
Voitures emportées, gués et hameaux coupés
La voiture est le piège le plus fréquent. Les pompiers rappellent qu'un cours d'eau ne se traverse jamais en voiture[2] : quelques dizaines de centimètres d'eau en mouvement suffisent à soulever un véhicule, et une personne réfugiée sur le toit d'une voiture dans le courant est exactement le cas où l'hélicoptère passe avant l'embarcation. Les hameaux coupés par une rivière en crue relèvent de la même logique : pendant Xynthia, les trois appareils de Cazaux ont travaillé dans un rayon d'une trentaine de kilomètres, et une personne handicapée immobilisée sur son lit dans sa maison inondée leur a demandé vingt minutes de manœuvre[4].

Photo : Jean-Pierre Bazard Jpbazard, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Ce que les grandes crues ont appris aux équipages
Xynthia, février 2010. Les hélicoptères ont secouru 90 victimes en 92 heures de vol, dont la moitié de nuit grâce à la vision nocturne, mais le rapport d'étape du Sénat pointe une insuffisance d'appareils en Vendée au début de la catastrophe, où un seul hélicoptère de la Gendarmerie était d'abord disponible, et surtout des défauts de coordination : la zone aéronautique couvrait deux départements et deux zones de défense, et les réseaux radio des pompiers et de l'armée ne communiquaient pas pour les secours héliportés[5].
Var, juin 2010. Quatre mois plus tard, la leçon était appliquée : le centre opérationnel de zone a missionné dès le 15 juin à 18 h un coordinateur hélicoptères installé à la tour de contrôle du Luc, et 26 appareils de cinq administrations ont pu voler ensemble, de jour comme de nuit[6].
Aude, octobre 2018 et Ardèche, octobre 2024. Dans les deux cas, l'hélicoptère a servi à ceux qui ne pouvaient être secourus autrement, pendant que les embarcations traitaient le reste : 141 hélitreuillages en une journée dans l'Aude[7], 25 rotations le 17 octobre 2024 entre Ardèche, Loire et Rhône[11]. Le partage des tâches entre le ciel et l'eau est décrit dans la fiche embarcations et sauveteurs aquatiques.
Sur la carte en direct
Un hélitreuillage se devine sur la carte des inondations à une trace qui s'immobilise ou décrit de petits cercles à très basse altitude au-dessus d'un quartier inondé, tant que l'appareil émet et qu'un récepteur le capte. La carte ne dit jamais « treuillage en cours » : quand un appareil reste presque immobile en vol au moins 45 secondes hors d'une base, elle écrit « vol stationnaire observé (treuillage ou dépose possible) », un fait mesuré que cette fiche vous aide à lire. Les gestes qui sauvent à l'intérieur de la maison sont dans que faire pendant une inondation.
Questions fréquentes
Faut-il monter sur le toit pour être vu par l'hélicoptère ?
Non, sauf extrême urgence. Les sapeurs-pompiers demandent de se réfugier à l'étage, dans un bâtiment en dur, et de ne monter sur le toit qu'en dernier recours. Une fenêtre ou un balcon suffisent à être repéré, et une tuile mouillée en pente est un piège. Prévenez le 18 ou le 112 en donnant votre adresse exacte et le nombre de personnes présentes : c'est ce qui fait venir l'appareil au bon endroit.
Un hélicoptère du SAMU peut-il me treuiller ?
En règle générale, non. La doctrine de la Sécurité civile réserve le treuillage, le poser sur un terrain de circonstance et le vol pendant la nuit aéronautique aux aéronefs d'État ou assimilés, catégorie où figurent certains SAMU. Les autres hélicoptères sanitaires, exploités par des compagnies privées, transportent des patients, y compris de nuit pour ceux qui volent 24 heures sur 24, mais sur des aires reconnues et éclairées ; le treuil est l'affaire des Dragon, des hélicoptères de la Gendarmerie, des armées et de la Marine.
Pourquoi le sauveteur ne saisit-il pas tout de suite le câble ?
Parce que la machine accumule de l'électricité statique en vol. La doctrine impose d'attendre que le câble, ou les patins si l'appareil se pose, aient touché le sol pour la décharger. Le sauveteur descendu jusqu'à vous applique la même règle et vous dira quoi faire ; il n'y a rien à préparer de votre côté, sinon rester calme et tenir les enfants.
Pourquoi l'hélicoptère ne vient-il pas alors que l'eau monte depuis des heures ?
Parce qu'il n'y a que quelques dizaines d'appareils capables de treuiller pour tout le pays, que la pluie violente, le vent et la nuit limitent le vol, et que chaque hélitreuillage n'emporte qu'une ou deux personnes. Les secours priorisent les situations où l'embarcation ne peut pas passer. Si vous êtes en sécurité à l'étage, vous pouvez attendre plus longtemps qu'une personne accrochée à une voiture dans le courant.