Les hélicoptères de la Sécurité civile sont connus du public par leur indicatif radio, Dragon, et par leur livrée rouge et jaune. À l'été 2025, le ministère des Armées en comptait 37, répartis sur 23 bases, servis par 107 pilotes et 114 mécaniciens ; en 2024, ils ont réalisé 15 935 interventions et secouru ou assisté plus de 12 000 personnes[1]. Ce sont des appareils légers, biturbines, équipés d'un treuil, conçus pour aller chercher quelqu'un là où rien d'autre ne passe. Leur premier métier n'est pas l'inondation, mais la crue est l'un des milieux périlleux pour lesquels ils existent[1].

Photo : Marie-Lan Taÿ Pamart, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Un point souvent mal compris : le numéro qui suit le mot Dragon désigne une base, jamais une machine. Dragon 33 décolle de Bordeaux, Dragon 64 de Pau, Dragon 2B de Bastia, et la base parisienne couvre trois départements voisins sous le seul nom de Dragon 75[2]. Une cellule qui part en révision est remplacée par une autre, qui reprend aussitôt l'indicatif. Il n'existe donc pas de table fixe entre une immatriculation et un numéro Dragon, et notre tableau en bas de page ne prétend pas en dresser une.
Ce qu'un Dragon fait quand l'eau monte
Sa mission première n'est pas de survoler la crue, mais d'en sortir des gens. Le treuil permet de hisser une personne depuis un toit, une voiture immobilisée dans un gué, un talus cerné par l'eau, sans que l'appareil se pose. Le mécanicien treuilliste fait descendre un sauveteur, souvent un plongeur de sapeurs-pompiers embarqué pour l'occasion, qui sangle la victime avant la remontée. Sur la base de Bordeaux, l'appareil emporte même une nacelle accrochée au câble qui remonte deux personnes à la fois[15]. Chaque passage prend du temps : un Dragon enchaîne les rotations vers un point de regroupement, il ne transporte pas un quartier entier.
La deuxième mission est la reconnaissance. Un hélicoptère qui survole une vallée renseigne le commandement sur les secteurs coupés, les routes submergées et les digues fragilisées, et cette mission prend le relais dès que les sauvetages sont terminés. L'équipage de l'appareil de la Manche, envoyé dans le Pas-de-Calais en novembre 2023, le résume ainsi : d'abord des personnes bloquées à secourir, puis « plutôt des vols de reconnaissance » pour repérer les zones sinistrées et organiser les pompages[11]. En Ardèche, en octobre 2024, les hélicoptères de la Sécurité civile renseignaient en temps réel les autorités préfectorales tout en hélitreuillant ceux qui ne pouvaient être secourus autrement, au fil de 25 rotations[14].
Viennent enfin l'évacuation médicale quand les routes sont impraticables, et le transport de sauveteurs ou de matériel vers un village isolé. Les limites sont celles de tout hélicoptère léger : une cabine de dix passagers au plus[6], une météo qui interdit parfois le vol au pire moment de l'épisode, et une fatigue des équipages qui impose des relèves.
Le groupement d'hélicoptères de la Sécurité civile
Les Dragon appartiennent à l'État, au groupement d'hélicoptères de la Sécurité civile du ministère de l'Intérieur, et non aux pompiers du département. L'équipage de base réunit un pilote et un mécanicien opérateur de bord ; il est complété localement par les secouristes du service d'incendie et de secours ou du SAMU, médecin compris sur le littoral[15]. Dans le Pas-de-Calais, l'appareil de Granville a volé avec quatre personnes à bord, le pilote, un mécanicien et deux plongeurs du centre de secours, avec trois relèves d'équipage en une semaine[11].

Photo : Mitsoubac, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
La flotte est en plein renouvellement. Fin 2022, elle comptait 33 EC145 décrits comme vieillissants et 4 H145 plus récents, pour une cible de 40 appareils[4]. Fin 2023, la Direction générale de l'armement a commandé 42 H145 D3, dont 36 pour la Sécurité civile et 6 pour la Gendarmerie, livrés de 2024 à 2029[3]. Pour un habitant, la différence entre les deux générations est discrète : le H145 D3 porte un rotor à cinq pales au lieu de quatre, gagne 30 % de puissance et embarque un câble de treuil de 90 mètres au lieu de 60[5], ce qui permet de rester plus haut au-dessus des arbres ou des lignes électriques pendant un hélitreuillage. Il vole à 241 km/h de croisière et tient plus de trois heures et demie en l'air[6].
Reconnaître un Dragon sur la carte
Sur notre carte en direct, un Dragon appartient à la famille « Dragon de la Sécurité civile ». La carte le reconnaît d'abord à son immatriculation quand elle figure dans le registre du site, puis à son indicatif, DRAGON suivi du numéro de base, raccourci à huit caractères par le message radio, par exemple DRAGON33, à condition que l'adresse technique de l'appareil soit française, car des pompiers italiens émettent aussi DRAGO ; enfin à son immatriculation, qui commence par F-ZB comme tous les aéronefs de la Sécurité civile[16], les hélicoptères portant des marques en F-ZBP ou F-ZBQ[17]. Le code de type transmis est EC45, commun à l'EC145 et au H145.
Vu du sol, c'est un biturbine de taille moyenne, un peu plus de dix mètres de long, à la livrée rouge et jaune, avec un rotor de queue caréné. Une trace qui tourne lentement au-dessus d'un quartier ou reste quasi immobile correspond souvent à une reconnaissance ou à un hélitreuillage ; un trait rectiligne à bonne vitesse est un transit ou une évacuation vers un hôpital.
Ce que la carte voit d'un Dragon, et ce qui lui échappe
Un Dragon émet en général sa position, comme un avion de ligne, et il apparaît dès qu'un récepteur bénévole le capte. Mais notre carte ne le dessine qu'à basse altitude, sous 3 000 pieds soit environ 900 mètres, et dans un rayon de dix kilomètres autour d'un événement en cours : vigilance orange ou rouge, tronçon Vigicrues, route coupée ou signalement récent[17] : un transit entre deux bases n'est pas montré. Et un vol très bas dans une vallée encaissée, précisément là où l'on treuille, échappe souvent aux antennes. Un Dragon absent de la carte n'est donc pas un Dragon au sol. Nous n'extrapolons jamais une position, et la fiche sur notre suivi des hélicoptères détaille ces limites.
Des inondations où les Dragon ont volé
Var, 15 et 16 juin 2010. Le retour d'expérience de l'État dénombre 2 450 personnes sauvées, dont 1 350 par les airs, et 26 appareils de la Sécurité civile, de la Gendarmerie, de l'armée de Terre, de la Marine nationale et des douanes, dont 11 dès le premier jour ; chacun a totalisé dix heures de vol pour la seule journée du 16 juin, et un coordinateur hélicoptères a été installé dès le 15 juin à 18 h à la tour de contrôle du Luc[7]. C'est la référence française du sauvetage héliporté de masse.
Aude, 15 octobre 2018. La crue éclair de la nuit a poussé les habitants aux étages et sur les toits ; 141 hélitreuillages ont été réalisés dans la seule journée du 15 octobre[8], par les appareils de la Sécurité civile et de la Gendarmerie réunis. La fiche sur les hélicoptères de la Gendarmerie détaille la part de chacun.
Alpes-Maritimes, tempête Alex, octobre 2020. Neuf EC145 Dragon ont participé aux opérations dans les vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Tinée, aux côtés des hélicoptères de la Gendarmerie, des armées et de la Marine ; jusqu'à quinze appareils ont volé en même temps[9]. Les évacuations de masse, elles, ont été confiées aux gros porteurs des armées, présentés dans la fiche Caïman, Puma, Cougar, Caracal.
Pas-de-Calais, novembre 2023. Le cas inverse : aucun Dragon n'était affecté à la zone de défense Nord, où seuls trois hélicoptères d'aide médicale sont basés[10]. L'appareil du Touquet avait été transféré en Guyane en 2015[13]. C'est le Dragon de Granville, dans la Manche, qui a rejoint le département le 9 novembre, de nuit, pour plus de 25 heures de vol en une semaine[11] ; le 10 novembre, un Dragon a hélitreuillé 15 personnes réfugiées sur les hauteurs d'Hesdigneul-lès-Boulogne, une commune de 700 habitants coupée par la Liane[12]. Interrogé en décembre 2022 sur le retour d'un appareil dans le Nord, le ministère de l'Intérieur annonçait une flotte de 35 hélicoptères, bientôt 37, et un objectif de 40, après lequel une étude sur la répartition des bases pourrait être conduite[13] ; à l'été 2025, le ministère des Armées comptait 37 Dragon[1]. Les deux chiffres ne se contredisent pas : ils datent de deux moments différents.
Ardèche, Loire et Rhône, 17 octobre 2024. Après plus de 200 millimètres de pluie, cinq hélicoptères ont été coordonnés, Dragon 38 et Dragon 69 étant les plus proches, pour 25 rotations de sauvetage et des reconnaissances au profit des préfectures[14].
Ces vols ont un prix. Le 1er décembre 2019, pendant un épisode méditerranéen qui avait placé le Var et les Alpes-Maritimes en vigilance rouge, l'EC145 de Dragon 30, appareil du centre de formation de Nîmes, avait passé l'après-midi en reconnaissance des zones inondées et avait treuillé deux personnes. À 20 h 47, lors d'un vol de liaison vers l'aérodrome du Luc, où il devait se positionner pour intervenir, il a heurté le relief dans le massif de l'Estaque, sur la commune des Pennes-Mirabeau, près de Marseille ; ses trois occupants, un pilote, un mécanicien opérateur de bord et un secouriste, ont été tués[18].
Appareils de cette famille suivis par la carte
Ce tableau est produit automatiquement, à chaque génération de la page, depuis le registre des appareils que la carte utilise pour reconnaître un hélicoptère ou un avion quand il émet sa position : 10 appareils de la famille « Dragon de la Sécurité civile », dont 5 retirés du service ou détruits, conservés pour repérer une erreur de transpondeur. Ce n'est pas un inventaire officiel des flottes.
| Immatriculation | Modèle | Base | Indicatif | Statut |
|---|---|---|---|---|
| F-ZBPI | Airbus H145 (EC145)code EC45 | non renseignée | non renseigné | en serviceExistence attestée par une photographie Wikimedia Commons (Marie-Lan Taÿ Pamart, CC BY 4.0, en vol au-dessus de Paris) ; statut actuel non revérifié. |
| F-ZBPV | Airbus H145 (EC145)code EC45 | non renseignée | non renseigné | en serviceCellule connue du registre de la carte des feux (fleet-registry.js) ; base non établie : l'indicatif Dragon nn désigne une base, les machines tournent. |
| F-ZBPX | Airbus H145 (EC145)code EC45 | non renseignée | non renseigné | en serviceCellule connue du registre de la carte des feux ; base non établie. |
| F-ZBQB | Airbus H145 (EC145)code EC45 | non renseignée | non renseigné | en serviceCellule connue du registre de la carte des feux ; base non établie. |
| F-ZBQL | Airbus H145 (EC145)code EC45 | Bordeaux-Mérignac | DRAGON 33 | en serviceAffecté à Mérignac dans la liste Hélimédia de janvier 2021 (immatriculations à juin 2020) ; l'indicatif suit la base, la machine peut avoir changé depuis. |
| F-ZBPB | Airbus H145 (EC145)code EC45 | non renseignée | non renseigné | détruitEC145 détruit entre 2003 et 2021 (tableau des accidents, fiche Dragon de carteincendiefrance.fr) ; gardé pour repérer une erreur de transpondeur. |
| F-ZBPC | Airbus H145 (EC145)code EC45 | non renseignée | non renseigné | détruitEC145 détruit entre 2003 et 2021 (même source) ; gardé pour repérer une erreur de transpondeur. |
| F-ZBPR | Airbus H145 (EC145)code EC45 | non renseignée | non renseigné | détruitEC145 détruit entre 2003 et 2021 (même source) ; gardé pour repérer une erreur de transpondeur. |
| F-ZBPZ | Airbus H145 (EC145)code EC45 | non renseignée | non renseigné | détruitEC145 détruit entre 2003 et 2021 (même source) ; gardé pour repérer une erreur de transpondeur. |
| F-ZBQG | Airbus H145 (EC145)code EC45 | non renseignée | non renseigné | détruitEC145 détruit entre 2003 et 2021 (même source) ; gardé pour repérer une erreur de transpondeur. |
Une immatriculation absente de cette liste peut tout de même apparaître sur la carte grâce aux règles d'indicatif et de type ; une immatriculation présente ne vole pas forcément aujourd'hui. Pour voir ce qui est en l'air maintenant : la carte en direct, calque « Hélicoptères ».
Sur la carte en direct
Ouvrez la carte des inondations et laissez le calque « Hélicoptères » activé, il l'est par défaut : chaque Dragon reconnu près d'un événement apparaît avec sa trace récente, et sa bulle indique l'indicatif, l'altitude, l'activité lue dans la trace, par exemple « vol stationnaire observé (treuillage ou dépose possible) », et l'événement qui justifie son affichage. Pour comprendre la manœuvre elle-même, lisez la fiche treuillage et sauvetage héliporté.
Questions fréquentes
Dragon 33, Dragon 64 : est-ce le nom d'un hélicoptère précis ?
Non. Dragon est l'indicatif radio commun à tous les hélicoptères de la Sécurité civile, et le nombre qui suit est celui du département de la base. Une machine qui part en entretien est remplacée par une autre, qui reprend aussitôt le même nom. Seule exception : la base de Paris couvre aussi trois départements voisins sous le seul indicatif Dragon 75.
Pourquoi n'y a-t-il pas de Dragon dans mon département ?
Parce que la flotte compte 23 bases pour tout le pays, outre-mer compris. Pendant les crues du Pas-de-Calais de 2023, aucun Dragon n'était affecté à la zone de défense Nord : celui du Touquet avait été transféré en Guyane en 2015, et c'est l'appareil de la Manche qui est venu en renfort. Le secours héliporté est un moyen rare, engagé là où l'embarcation ne suffit plus.
Un Dragon peut-il voler de nuit ou sous l'orage ?
De nuit, oui : les équipages de la Sécurité civile volent avec des jumelles de vision nocturne, et l'appareil de la Manche a été mis en place de nuit dans le Pas-de-Calais pour secourir tout de suite. Sous l'orage, la pluie violente, le vent et le plafond bas limitent ou interdisent le vol, précisément au moment le plus dangereux de l'épisode : beaucoup d'hélitreuillages ont lieu à l'aube, une fois la cellule passée.
Combien de personnes un Dragon emporte-t-il à chaque passage ?
Peu. Le treuil remonte une personne, ou deux avec la nacelle dont disposent certaines bases, et la cabine d'un H145 accueille au plus dix passagers, bien moins qu'un hélicoptère de manœuvre des armées. Un Dragon enchaîne donc des rotations courtes vers un point de regroupement plutôt que d'embarquer un quartier entier.