Une submersion marine n'est pas une crue comme les autres : l'eau vient de la mer, elle arrive avec le vent, la houle et la marée, et elle frappe d'abord les ports, les estuaires et les zones basses du littoral. Les hélicoptères qui veillent sur ces côtes appartiennent à la Marine nationale. Sa flottille 35F, dont la mission tient en trois mots, sauvetage, service public et soutien aux unités en mer, tient des détachements permanents au Touquet, à La Rochelle-Île de Ré et à Hyères[1] ; la flotte intérimaire de six H160 et douze Dauphin N3 arme les plots de secours maritime depuis la terre, chaque appareil étant équipé d'un treuil[2].

Photo : Jean-Pierre Bazard Jpbazard, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Ces machines grises ne sont pas conçues pour les inondations de plaine, mais elles y sont engagées quand les moyens civils sont dépassés : la Marine était l'une des cinq administrations engagées dans le Var en juin 2010, quand 26 appareils ont réalisé 1 350 sauvetages aériens[10], un de ses hélicoptères a rejoint la Vendée après Xynthia[9], et un Caïman Marine a volé dans les vallées des Alpes-Maritimes après la tempête Alex[11].
Ce qu'ils font quand la mer entre dans les terres
Leur métier ordinaire est le sauvetage en mer, et il ne s'arrête pas quand la tempête arrive : il commence. Le 21 septembre 2025, le Dauphin du Touquet a hélitreuillé de nuit deux personnes et leur chien depuis un voilier devenu ingouvernable en baie d'Authie, là où la vedette de la SNSM de Berck ne pouvait plus sortir à cause de la météo, sous la coordination du CROSS Gris-Nez[4]. Le 23 février 2022, un Caïman de la flottille 33F a décollé de Lanvéoc avec deux équipes médicales pour treuiller trois marins à 200 kilomètres au large, par nuit noire et mer très forte, avant de les déposer à l'hôpital de Brest sur ordre du CROSS[5]. Un estran envahi par la marée relève de la même logique : en février 2019, un Caïman a été dérouté pour deux personnes isolées par la marée et envasées[7].
Pendant une tempête annoncée, ces appareils sont placés en alerte avant même le premier appel. Lors du passage de Ciarán, dans la nuit du 1er au 2 novembre 2023, la préfecture maritime de la Manche tenait prêts à intervenir les hélicoptères de la Marine basés à Maupertus et au Touquet, aux côtés des remorqueurs Abeille Liberté et Abeille Normandie ; aucun usager de la mer n'a finalement eu besoin d'être secouru[6]. Sur une submersion, le même hélicoptère treuille depuis un toit de la digue ou une voiture bloquée sur une route côtière : le sauvetage héliporté ne change pas de nature avec l'origine de l'eau, et la fiche hélitreuillage et sauvetage héliporté en décrit la manœuvre.
Qui les met en œuvre, et qui les commande
La flottille 35F, basée à Hyères depuis 2003, réunit environ 200 marins autour de six Dauphin de service public, trois Dauphin de sauvetage dits « Pedro », affectés aux porte-avions et porte-hélicoptères, et deux Dauphin N3+ en Polynésie ; elle a reçu la Médaille de l'Aéronautique en 2024[1]. La flotte intérimaire, six H160B et douze Dauphin N3, a été mise en place pour pallier le retrait des Alouette III en attendant le futur Guépard Marine[2]. Le Caïman Marine, version navale du NH90, emporte jusqu'à quatorze passagers, vole à 175 nœuds pendant trois heures et demie, et dispose d'un treuil de sauvetage ; il est mis en œuvre par un pilote, un coordinateur tactique et un opérateur de senseurs[3]. Les seize Panther de la flottille 36F, eux, sont des hélicoptères embarqués sur les frégates, rattachés à la police maritime[8] : on les voit rarement au-dessus d'une inondation.

Photo : Téo Godefroy, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
La chaîne de commandement est double, et c'est ce qu'il faut retenir. En mer et sur l'estran, le sauvetage relève du préfet maritime et il est coordonné par le CROSS, qui engage l'hélicoptère d'alerte comme il engage une vedette[4][5]. Une fois l'eau à terre, le préfet de département dirige les secours et peut demander le concours de la Marine comme celui des autres armées. Pendant Xynthia, l'hélicoptère de la Marine est ainsi venu en Vendée en renfort du seul appareil de gendarmerie d'abord disponible, avec quatre Dragon[9]. Et lors des crues du Gard, en septembre 2002, c'est un avion de patrouille maritime parti de Nîmes-Garons, à l'initiative du commandant de la base aéronavale, qui a régulé depuis le ciel le ballet des hélicoptères des armées et de la Sécurité civile, incapables de se parler par radio[10].
Distinguer un hélicoptère de la Marine sur la carte
La famille « Marine nationale » de notre carte en direct regroupe ces appareils. La carte les reconnaît à un indicatif commençant par FNY, le code radio de l'aéronautique navale, MARINE ou NAVY, porté par un hélicoptère[13]. Le code de type NH90 suffit à reconnaître un Caïman comme un hélicoptère des armées, mais sans indicatif de la Marine la carte le range dans l'armée de Terre, qui exploite le même appareil ; le Dauphin et le Panther, AS65, comme le H160, ont des jumeaux civils et ne sont rangés dans la famille qu'avec un tel indicatif ou une adresse technique d'État[13]. À la radio, le Dauphin du Touquet s'annonce sous l'indicatif « Guépard Whiskey »[4]. Vus du sol, ce sont des appareils gris clair marqués « Marine nationale » : le Dauphin et le Panther, moyens, au rotor de queue caréné ; le Caïman, gros, avec sa rampe arrière ; le H160, reconnaissable à ses pales courbées.

Photo : U.S. Navy, Robert S. Price, Public domain, via Wikimedia Commons
Ce que la carte capte au-dessus de la mer, et ce qu'elle ignore
Les hélicoptères de la Marine sont des aéronefs militaires : ils n'ont aucune obligation de diffuser leur position, et un vol de sauvetage au ras des vagues, la nuit, dans une tempête, est le cas le plus difficile à capter pour les récepteurs bénévoles de la côte. Quand l'un d'eux émet, la carte le montre s'il vole bas et près d'un événement en cours ; le reste du temps, elle ne montre rien, et ne devine rien. Un Dauphin absent de la carte pendant une vigilance vagues-submersion peut être en alerte au sol comme en vol au large. La fiche sur notre suivi des hélicoptères détaille ces limites, et la fiche submersion marine et vagues explique le phénomène lui-même.
Le Touquet, un cas d'école
Lors des crues de 2023 et 2024, le Pas-de-Calais n'avait plus d'hélicoptère de la Sécurité civile : l'appareil du Touquet avait été transféré en Guyane en 2015[12]. Interrogé au Sénat, le ministère de l'Intérieur a répondu en décembre 2022 que sept hélicoptères couvraient les Hauts-de-France, dont trois de l'État, parmi lesquels le Dauphin de la Marine nationale basé au Touquet[12]. Cet appareil de sauvetage en mer est ainsi devenu, de fait, une partie de la réponse héliportée d'une région de crues lentes ; il n'était pas pour autant destiné aux inondations de l'Aa et de la Liane de l'hiver 2023, et nous n'avons trouvé aucune source décrivant son engagement sur ces crues.

Photo : Fanny Schertzer (Inisheer), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Appareils de cette famille suivis par la carte
Liste en cours de constitution : le registre des appareils de la famille « Marine nationale » n'est pas encore publié. Le tableau (immatriculation, modèle, base, indicatif, statut) sera généré ici automatiquement dès qu'il existera, sans être recopié à la main.
Sur la carte en direct
Ouvrez la carte des inondations pendant une vigilance vagues-submersion : le calque « Hélicoptères » montre les appareils reconnus près du littoral en alerte, et le calque « Sauveteurs en mer » les vedettes qui émettent leur position. Les hélicoptères des autres armées, Puma, Cougar et Caracal, ont leur fiche : Caïman, Puma, Cougar, Caracal.
Questions fréquentes
Qui décide d'envoyer un hélicoptère de la Marine pendant une submersion marine ?
En mer et sur l'estran, le sauvetage relève du préfet maritime et il est coordonné par le CROSS, qui engage l'hélicoptère de la Marine d'alerte comme il engagerait une vedette de la SNSM. Dès que l'eau a franchi la côte, on est sur le territoire du préfet de département, qui commande les secours et peut demander le concours de la Marine comme celui des autres armées : les deux chaînes travaillent alors ensemble, comme pendant Xynthia.
Un hélicoptère gris au-dessus d'un estuaire, c'est forcément la Marine ?
Le plus souvent, oui. Les Dauphin, les H160 et les Caïman Marine portent une livrée gris clair avec l'inscription « Marine nationale », et le Dauphin se reconnaît à son rotor de queue caréné. Mais les Puma et les Caracal de l'armée de l'Air sont gris eux aussi : seul l'indicatif ou l'immatriculation, quand la carte les capte, tranche.
Pourquoi le Dauphin du Touquet compte-t-il pour le Pas-de-Calais ?
Parce que la Sécurité civile n'a plus de base d'hélicoptère dans le Nord depuis le départ de l'appareil du Touquet en Guyane, en 2015. Le ministère de l'Intérieur range donc le Dauphin de la Marine, basé sur le même aéroport, parmi les sept hélicoptères qui couvrent les Hauts-de-France, dont trois de l'État. Son métier reste le sauvetage en mer, mais il est le seul appareil d'État équipé d'un treuil à demeure sur la côte d'Opale.