La Sécurité civile possède trois Beechcraft King Air 200, tous basés à Nîmes-Garons. Le Sénat les décrit sans détour : ces avions « ne disposent d'aucune capacité de largage d'eau », et leurs missions sont la coordination des opérations aériennes, la surveillance, le guet aérien armé pendant la saison des feux et, si nécessaire, le transport de personnels vers des zones difficiles d'accès[1]. Deux d'entre eux portent sous le ventre une boule optronique qui réunit caméra thermique, caméra couleur et capteurs de faible lumière[3][4] : c'est elle qui intéresse les inondations.

Photo : Kakoula10, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Car un avion qui voit la chaleur voit aussi l'eau froide qui s'étale dans la nuit, la digue qui cède et la maison encore habitée au milieu d'un champ noyé. Cette fiche explique ce que le Beech fait au-dessus d'une crue, à partir du seul engagement documenté, et pourquoi notre carte le montre rarement.
Ce qu'il fait au-dessus d'une inondation
Le 3 décembre 2023, en pleine deuxième vague de crues dans le Pas-de-Calais et le Nord, la Sécurité civile a indiqué qu'« un Beech a été mobilisé en appui des sapeurs-pompiers pour des opérations de reconnaissance », précisant qu'il « peut grâce à sa boule optronique réaliser des images qui sont ensuite exploitées pour analyser la situation »[2]. C'est le rôle qu'il tient sur un feu, transposé à l'eau : produire depuis 1 680 à 1 830 mètres d'altitude, l'étage de reconnaissance cité par la presse spécialisée[3], des images dont chaque point est repéré en coordonnées géographiques, que le poste de commandement compare d'une heure à l'autre pour voir où l'eau progresse, où les pompes de grande capacité doivent aller et quels hameaux restent coupés. Le capteur thermique donne un avantage la nuit et sous une couche nuageuse basse, quand un hélicoptère de reconnaissance ne verrait rien.
Ce qu'il ne fait pas mérite d'être dit aussi clairement. Il ne treuille personne, ne se pose pas dans un pré et n'emporte pas de sauveteurs sur un toit : ce travail est celui des Dragon et des hélicoptères de la Gendarmerie et des armées. Et nous n'avons trouvé aucune source décrivant une mission de coordination des hélicoptères confiée au Beech pendant une crue. Sur les feux, un coordinateur embarqué distribue les cibles aux bombardiers d'eau sous l'indicatif Icare[5] ; sur les inondations documentées, la coordination des appareils s'est faite depuis le sol, à la tour de contrôle du Luc pendant les crues du Var en juin 2010, ou, en septembre 2002 dans le Gard, depuis un avion de patrouille maritime de la base aéronavale de Nîmes-Garons qui avait pris l'initiative de réguler un ballet d'hélicoptères incapables de se parler[11]. Le précédent existe donc, mais avec un autre avion.
Qui le met en œuvre
Les trois appareils appartiennent à la Sécurité civile, service du ministère de l'Intérieur, et sont pilotés par les équipages de sa base d'avions de Nîmes-Garons. Achetés d'occasion, ils accusaient en 2023 un âge moyen de 38 ans et 6 mois, ce qui ne les empêchait pas d'afficher une disponibilité de 95,7 % en 2022, la meilleure des avions de l'État cette année-là, pour un coût horaire de 5 288 euros[1]. Sur un feu, un officier de sapeurs-pompiers embarque pour la reconnaissance et un pilote de bombardier d'eau pour la coordination[5] ; sur une crue, la Sécurité civile parle d'un appui aux sapeurs-pompiers[2], sans préciser qui lit les images à bord.

Photo : Kakoula10, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Repérer le Beech sur la carte
Sur notre carte en direct, le Beech relève de la famille « avions de reconnaissance de la Sécurité civile » du registre des appareils. La carte le reconnaît à son indicatif, Bengale 96, 97 ou 98, que le message radio raccourcit en BENGA96 faute de place, huit caractères seulement[9], ou à son immatriculation : F-ZBFK pour Bengale 96, F-ZBMB pour Bengale 97, F-ZBFJ pour Bengale 98, d'après des photographies de passionnés[6][7][8]. Son code de type est BE20[10]. Vu du sol, c'est un bimoteur à hélices blanc, à liseré rouge et jaune, aux ailes basses, bien plus petit qu'un avion de ligne, qui décrit de larges cercles réguliers à altitude constante.
Un plafond relevé pour l'avion, une orbite lue dans la trace
Le Beech émet sa position et vole assez haut pour être capté de loin par les récepteurs bénévoles : techniquement, c'est l'un des appareils les plus faciles à suivre. Les hélicoptères ne sont dessinés qu'en dessous de 3 000 pieds ; pour un avion de reconnaissance, la carte porte ce plafond à 8 000 pieds, environ 2 400 mètres, ce qui couvre les orbites d'un Beech, vers 1 500 mètres en coordination et de 1 680 à 1 830 mètres en reconnaissance[3][12]. Reste la seconde condition, commune à tous les appareils : voler à moins de 10 kilomètres d'un événement d'eau déjà connu de la carte[12]. Un Beech qui reconnaît une plaine où rien n'est encore signalé n'apparaît pas, et nous préférons écrire cette limite que la laisser deviner. Quand il est visible, sa trace est lue : au moins huit minutes de cercles dans un rayon de huit kilomètres sont décrits comme une « reconnaissance », un fait mesuré, jamais une mission affirmée[12]. La fiche sur notre suivi des hélicoptères explique ces règles et leurs raisons.
Le seul exemple documenté, et ce que nous en ignorons
Le Pas-de-Calais de l'hiver 2023 reste, dans nos recherches, la seule inondation où l'engagement du Beech est attesté par une source officielle[2]. Nous ignorons combien de vols ont eu lieu, sur quelles communes, pendant combien de jours, et si l'appareil engagé portait la boule optronique. Nous ne savons pas non plus si ce type de mission a été renouvelé lors des crues suivantes. Plutôt que de deviner, cette fiche sera complétée quand une préfecture ou la Sécurité civile publiera un bilan. Ce que le poste de commandement fait de ces images est décrit dans la fiche sur le commandement de la crise.
Appareils de cette famille suivis par la carte
Ce tableau est produit automatiquement, à chaque génération de la page, depuis le registre des appareils que la carte utilise pour reconnaître un hélicoptère ou un avion quand il émet sa position : 3 appareils de la famille « avions de reconnaissance de la Sécurité civile ». Ce n'est pas un inventaire officiel des flottes.
| Immatriculation | Modèle | Base | Indicatif | Statut |
|---|---|---|---|---|
| F-ZBFJ | Beechcraft King Air 200code BE20 | Nîmes-Garons | non renseigné | en serviceBeechcraft B200 de la Sécurité civile (photographie Planespotters citée par la fiche Bengale) ; numéro Bengale non établi. |
| F-ZBFK | Beechcraft King Air 200code BE20 | Nîmes-Garons | BENGALE 96 | en serviceAvion de coordination et de reconnaissance ; indicatif ADS-B tronqué BENGA96 (photographie Flickr citée par la fiche Bengale de carteincendiefrance.fr). |
| F-ZBMB | Beechcraft King Air 200code BE20 | Nîmes-Garons | BENGALE 97 | en serviceIndicatif ADS-B tronqué BENGA97 (photographie Flickr citée par la fiche Bengale de carteincendiefrance.fr). |
Une immatriculation absente de cette liste peut tout de même apparaître sur la carte grâce aux règles d'indicatif et de type ; une immatriculation présente ne vole pas forcément aujourd'hui. Pour voir ce qui est en l'air maintenant : la carte en direct, calque « Hélicoptères ».
Sur la carte en direct
Quand un Beech orbite sous 8 000 pieds à proximité d'une zone inondée connue de la carte, il apparaît sur la carte des inondations avec une silhouette d'avion, son indicatif dans la bulle et, si sa trace le permet, la mention « reconnaissance ». Les hélicoptères, plus bas, restent l'essentiel de ce que montre le calque « Hélicoptères » : la fiche Dragon EC145 et H145 est la bonne porte d'entrée.
Questions fréquentes
Un avion qui tourne en rond au-dessus de ma commune inondée, à quoi sert-il ?
S'il s'agit du Beech de la Sécurité civile, il observe : sa boule optronique produit des images, y compris thermiques, que le poste de commandement exploite pour savoir où l'eau est, où elle monte et où envoyer les pompes et les embarcations. Il ne largue rien et ne treuille personne. Un autre avion peut aussi être un appareil de presse ou de loisir ; seul l'indicatif ou l'immatriculation permet de trancher.
Comment la carte reconnaît-elle une reconnaissance du Beech ?
À sa trace. Le plafond d'affichage, fixé à 3 000 pieds pour un hélicoptère, est porté à 8 000 pieds pour un avion de reconnaissance, ce qui couvre les orbites du Beech, entre 1 500 et 1 830 mètres environ selon la mission. Au moins huit minutes de cercles dans un rayon de huit kilomètres sont alors décrits comme une reconnaissance, un fait mesuré et non une mission affirmée. Il faut toutefois qu'un événement d'eau soit connu de la carte à moins de dix kilomètres : ailleurs, l'avion reste masqué, comme tout appareil en transit.
Le Beech coordonne-t-il les hélicoptères pendant une inondation, comme il coordonne les Canadair sur un feu ?
Nous n'en avons pas trouvé de preuve. Le seul engagement documenté sur une crue, dans le Pas-de-Calais en 2023, est une mission de reconnaissance en appui des sapeurs-pompiers. La coordination des hélicoptères s'est faite jusqu'ici depuis le sol, comme à la tour de contrôle du Luc pendant les crues du Var en 2010, ou, une fois, depuis un avion de la Marine parti de Nîmes en 2002.