Les armées n'ont pas d'hélicoptères de secours au sens strict. Elles ont des hélicoptères de manœuvre, conçus pour déposer des troupes et du matériel, qui deviennent en cas de catastrophe les seuls appareils capables d'évacuer un groupe entier ou de livrer des tonnes de vivres à un village coupé du monde. Le 2 octobre 2020, la tempête Alex a arraché les routes des vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Tinée ; dès le lendemain, deux NH90 Caïman et deux Puma de la base du Luc étaient mobilisés, et le 4 octobre ils avaient déjà évacué 220 civils de Saint-Martin-Vésubie et de Tende[6]. Du 4 au 18 octobre, ces quatre appareils de l'armée de Terre ont évacué 950 personnes et transporté 110 tonnes de fret[7].

Photo : Ibex73, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Cette fiche présente les quatre familles d'appareils qu'un habitant peut voir passer, ce que chacune emporte, la chaîne de décision qui les fait décoller, et la raison pour laquelle notre carte les montre rarement.
Évacuer, ravitailler, déposer : le rôle des gros porteurs
Quatre missions, toutes liées à leur taille. L'évacuation de masse d'abord : un Caïman embarque de quatorze à vingt personnes par rotation[1], un Puma dix-huit[2], un Caracal jusqu'à vingt-huit[4], là où un Dragon en treuille une ou deux. Le ravitaillement ensuite : après Alex, des norias ont apporté eau, vivres et médicaments aux villages dont les routes avaient disparu[6]. La dépose de renforts : les mêmes appareils ont transporté les unités militaires de la Sécurité civile et leur matériel vers les communes sinistrées[6]. L'évacuation sanitaire enfin, avec des civières à bord, qui figure dans les missions officielles du Caïman comme du Puma[1][2].
Le treuil n'est pas absent pour autant. Pendant Xynthia, en février 2010, l'escadron 1/67 Pyrénées de Cazaux a envoyé deux Puma et un Caracal en Charente-Maritime : en 19 h 20 de vol, ils ont secouru 136 personnes, dont 77 par hélitreuillage, et livré 750 kg de fret, surtout des groupes électrogènes et de l'eau[9]. La manœuvre est la même que pour un Dragon, décrite dans la fiche hélitreuillage et sauvetage héliporté ; seule change la capacité de la cabine, jusqu'à 28 passagers pour le Caracal selon l'armée de l'Air et de l'Espace[13].
Les quatre appareils
| Appareil | Qui le met en œuvre | Capacité | Repères |
|---|---|---|---|
| NH90 Caïman | Armée de Terre (aviation légère), et Marine nationale dans une version navale | 14 à 20 personnes ou 2,5 t ; équipage de 4[1] | Le plus récent ; rayon d'action de 880 km, quatre heures d'autonomie[1] |
| Puma | Armée de l'Air et de l'Espace, armée de Terre | 18 passagers[2] | En service dans l'armée de l'Air depuis le 2 mai 1974, remplacement prévu vers 2025-2028[2] |
| Cougar | Armée de Terre (5e régiment d'hélicoptères de combat, Pau) | Version sanitaire : 6 civières et 10 passagers assis[5] | Dérivé du Puma, rénové ; 25 appareils avec l'armée de l'Air fin 2013[5] |
| Caracal | Armée de l'Air (escadron 1/67 Pyrénées, Cazaux) et forces spéciales de l'armée de Terre | Jusqu'à 28 commandos ou 10 civières[4] | Mis en service en 2006 pour la recherche et le sauvetage au combat ; 19 appareils dans l'armée de l'Air en juin 2026[3][4] |

Photo : Eric Salard, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Qui décide de les engager
Un hélicoptère militaire ne décolle pas de lui-même pour une crue. Le retour d'expérience des inondations du Var, en juin 2010, décrit la mécanique : l'engagement des moyens militaires a été « directement sollicité par le préfet de département puis validé par la zone », et la présence de moyens conséquents dans ce premier département militaire de France a beaucoup compté[11]. Dans le Gard, en septembre 2002, la mobilisation des hélicoptères de l'armée avait déjà été faite par le préfet dès l'ouverture de son centre opérationnel, par l'intermédiaire du délégué militaire départemental, pour un bilan de 1 260 évacuations par hélicoptères[11]. Une fois engagés, les appareils sont placés au service du commandement des secours, dont la fiche sur le commandement de la crise décrit l'organisation.
La coordination en vol est la difficulté propre à ces renforts. Après Xynthia, où les réseaux radio des pompiers et des militaires ne communiquaient pas, le Var a installé dès le premier soir un coordinateur hélicoptères à la tour de contrôle du Luc[11] ; en 2002, c'est un avion de la Marine parti de Nîmes qui avait régulé le ballet des appareils des armées et de la Sécurité civile[11].
Identifier un hélicoptère des armées sur la carte
Notre carte en direct range ces appareils dans deux familles, « armée de Terre » et « armée de l'Air et de l'Espace ». La carte les reconnaît au code de type qu'ils transmettent quand ce type n'a pas de jumeau civil : NH90 pour le Caïman, PUMA ou AS32 pour le Puma, AS3B pour le Cougar ; le Caracal, EC25 ou H225, existe aussi en version civile et n'est classé qu'avec un indicatif d'opérateur militaire, COTAM, CTM, FAF ou CIGOGNE pour l'armée de l'Air, ALAT pour l'armée de Terre, ou une adresse technique d'État[12]. Vus du sol, ce sont de gros biturbines gris-vert ou vert olive, deux fois plus longs qu'un Dragon, au bruit sourd reconnaissable ; le Caracal se distingue par sa perche de ravitaillement en vol et le Caïman par sa rampe arrière.

Photo : Laurent Errera, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Souvent silencieux : les appareils militaires et la carte
Les hélicoptères militaires n'ont aucune obligation de diffuser leur position par radio, et beaucoup ne le font pas, ou pas en permanence. Un vol tactique dans une vallée passe en outre sous les récepteurs bénévoles. Quand l'un d'eux émet, il apparaît comme les autres, bas et près d'un événement ; sinon, rien. Nous ne comblons jamais ce trou par une estimation ni par un communiqué : la fiche sur notre suivi des hélicoptères explique cette règle. Une vallée sans hélicoptère sur la carte peut être survolée toute la journée.
Des inondations où les armées ont volé
Gard, septembre 2002. 4 200 évacuations, dont 1 260 par hélicoptères et 800 par embarcations, avec des hélicoptères de l'armée mobilisés dès l'ouverture du centre opérationnel du préfet[11].
Xynthia, février 2010. Quatre hélicoptères des armées parmi les dix engagés en Charente-Maritime[10] ; les trois appareils de Cazaux ont secouru 136 personnes, dont 77 par hélitreuillage[9].
Var, juin 2010. L'armée de Terre a fourni une partie des 26 appareils engagés, pour 1 350 sauvetages aériens en deux jours[11].
Alpes-Maritimes, tempête Alex, octobre 2020. Deux Puma et deux Caïman de l'armée de Terre, un Caïman de la Marine, un Puma et un Caracal de l'armée de l'Air[7], engagés à partir du 3 octobre[8] : 950 personnes évacuées et 110 tonnes de fret pour les seuls appareils de l'armée de Terre en quinze jours[7]. Les bilans ne se comparent pas directement : 950 évacuations pour les seuls appareils de l'armée de Terre après Alex, 1 260 évacuations par hélicoptères toutes flottes confondues dans le Gard en 2002, 1 350 sauvetages aériens dans le Var en 2010[11].

Photo : Eric Salard, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons
Appareils de cette famille suivis par la carte
Liste en cours de constitution : le registre des appareils de la famille « armée de Terre » n'est pas encore publié. Le tableau (immatriculation, modèle, base, indicatif, statut) sera généré ici automatiquement dès qu'il existera, sans être recopié à la main.
Appareils de cette famille suivis par la carte
Liste en cours de constitution : le registre des appareils de la famille « armée de l'Air et de l'Espace » n'est pas encore publié. Le tableau (immatriculation, modèle, base, indicatif, statut) sera généré ici automatiquement dès qu'il existera, sans être recopié à la main.
Sur la carte en direct
Si un appareil des armées émet sa position près d'une crue, il apparaît sur la carte des inondations, calque « Hélicoptères », avec sa famille dans la bulle. Les appareils de la Marine nationale, qui volent aussi sur les submersions du littoral, ont leur propre fiche : Dauphin, Caïman et Panther.
Questions fréquentes
Pourquoi voit-on des hélicoptères militaires sur une inondation civile ?
Parce que le préfet, directeur des opérations de secours, peut demander le concours des armées quand les moyens civils sont dépassés ; la demande est ensuite validée par la zone de défense. Un Caïman ou un Puma emporte beaucoup plus de monde qu'un Dragon et peut évacuer des blessés ou livrer des tonnes de vivres : il vient en complément de la chaîne de secours civile, jamais à sa place.
Combien de personnes un hélicoptère des armées peut-il emporter ?
Un NH90 Caïman de l'armée de Terre transporte de quatorze à vingt soldats ou deux tonnes et demie de matériel ; un Puma de l'armée de l'Air, dix-huit passagers ; un Caracal, jusqu'à vingt-huit commandos ou dix civières. Ce sont des ordres de grandeur militaires : en secours, le nombre de civils embarqués dépend des bagages, des animaux et de l'état des personnes.
Ces appareils apparaissent-ils sur la carte ?
Rarement. Les hélicoptères militaires n'ont aucune obligation de diffuser leur position et beaucoup ne le font pas, ou pas en permanence ; un vol tactique à basse altitude passe en outre sous les récepteurs. Quand l'un d'eux émet, la carte le reconnaît à son type ou à son indicatif. Une absence sur la carte ne signifie donc jamais qu'ils ne volent pas.