Sur une inondation, bien des sauvetages se font sans roues. Ce sont des embarcations à fond plat, souvent pneumatiques, poussées à la rame, au moteur ou à pied par des sapeurs-pompiers en combinaison, qui vont chercher les habitants dans les rues devenues rivières. La spécialité s'appelle le sauvetage aquatique, et elle est cadrée depuis 2020 par un guide national de référence du ministère de l'Intérieur[1].
Qui monte à bord
Le guide distingue plusieurs emplois : le nageur sauveteur, qui intervient dans l'eau ; le chef de bord, qui pilote l'embarcation et coordonne l'intervention de surface ; le conseiller technique, qui organise le dispositif et conseille le commandant des opérations. Il sépare le sauvetage en eaux intérieures, c'est-à-dire rivières, lacs et zones inondées, du sauvetage côtier, avec ses propres épreuves annuelles. Les formations s'enchaînent par unités de valeur, du premier niveau, réservé au sauvetage simple, au troisième[1].
Concrètement, une équipe engagée sur une rue inondée progresse en groupe, jamais seul, avec gilets, casques et flotteurs, et sonde le fond avant chaque avancée. Ce qui ralentit les sauveteurs n'est pas la hauteur d'eau mais ce qu'elle cache : bouches d'égout soulevées, trous, grilles, câbles, voitures immergées. Les plongeurs, autre spécialité, sont appelés pour les recherches de personnes ou de véhicules disparus sous l'eau.
L'ampleur d'une crise : le Pas-de-Calais
Le rapport du Sénat sur les crues de l'hiver 2023-2024 donne la mesure de l'effort : de novembre à décembre 2023, les sapeurs-pompiers ont réalisé 3 500 interventions et 1 500 mises en sécurité de personnes, puis 1 200 interventions et 500 mises en sécurité en janvier 2024 ; au plus fort de l'événement, dix colonnes de renfort venues d'autres départements, soit environ 500 pompiers, sont venues épauler le service local[2].
Ce qu'on attend de vous quand le bateau arrive
Restez où vous êtes, en hauteur, et signalez-vous. Les sauveteurs viennent à vous ; ne vous mettez pas à l'eau pour aller à leur rencontre. Géorisques demande de reporter tout déplacement, à pied comme en voiture, et de gagner l'étage ou un point haut tant que l'eau monte[4] ; selon Assurance Prévention, la plupart des victimes d'inondation meurent noyées, souvent dans leur voiture[3]. Préparez le sac d'urgence, les papiers et les médicaments, car l'embarcation ne reviendra pas pour un oubli. Les animaux embarquent s'ils tiennent dans une cage ou une laisse et si la place le permet ; le chef de bord décide.
Enfin, n'attendez pas les pompiers pour partir si les autorités ont ordonné l'évacuation tant que la route était sèche : le bateau est le moyen de ceux qui n'ont pas pu partir, pas un service de navette. La fiche évacuer correctement explique comment quitter son logement sans se mettre en danger.
Questions fréquentes
Pourquoi les pompiers refusent-ils de traverser une rue inondée en voiture alors qu'ils ont un bateau ?
Parce que l'eau trouble cache tout : bouches d'égout ouvertes, trous, obstacles, câbles. Une embarcation à fond plat passe au-dessus ; une voiture, même de secours, peut être immobilisée puis emportée. Les sauveteurs progressent en équipe, encordés ou avec des flotteurs, et vérifient le fond avant de s'engager.
Faut-il se mettre à l'eau pour aller vers le bateau ?
Non. Restez là où vous êtes, en hauteur, visible, et laissez les sauveteurs venir à vous. Se jeter à l'eau pour raccourcir l'attente est l'un des gestes qui tuent : le courant est beaucoup plus fort qu'il n'en a l'air, et l'eau est froide.
Qui sont les plongeurs sur une inondation ?
Des sapeurs-pompiers d'une autre spécialité, le secours subaquatique, engagés pour les recherches de personnes disparues ou de véhicules immergés, et pour certaines opérations sur des ouvrages noyés. Ils n'assurent pas les évacuations de surface, qui relèvent des sauveteurs aquatiques.