Sur une crue de plaine, le danger dure après la pluie : l'eau reste des semaines dans les champs, les rues et les maisons, parce que la mer ou le fleuve en aval empêche son écoulement. Le pompage prend alors le relais, et il se mesure en dizaines de milliers de mètres cubes par heure[1].
Les unités militaires de la Sécurité civile
Les renforts nationaux viennent d'abord des formations militaires de la sécurité civile : 1 402 sapeurs-sauveteurs répartis en trois unités, qui maintiennent en alerte permanente des détachements spécialisés capables d'intervenir sur toute catastrophe naturelle ou technologique, en renfort des sapeurs-pompiers[3]. La plus petite, l'UIISC 5, compte 139 sapeurs-sauveteurs à Corte, en Corse[4] ; les deux autres sont des régiments, le 1er régiment d'instruction et d'intervention de la sécurité civile, à Nogent-le-Rotrou, qui en compte 571[5], et le 7e, à Brignoles[6]. Leurs matériels comprennent des lots spécialisés inondations, des moyens de navigation, d'analyse, de traitement et de distribution de l'eau, et un module d'appui à la gestion de crise[5][6].
L'exemple du Pas-de-Calais : 90 000 m³/h
Les crues de l'hiver 2023-2024 dans le Nord et le Pas-de-Calais en ont fourni un exemple bien documenté. À l'écluse de Mardyck, où les eaux du delta de l'Aa devaient rejoindre la mer, la préfecture a fait installer dès novembre 2023 une capacité de pompage de 37 000 m³/h, assemblée à partir de pompes des moyens nationaux de la sécurité civile, de pompes néerlandaises obtenues à la demande de la France et de pompes privées réquisitionnées ; au plus fort des événements, l'État a mobilisé près de 90 000 m³/h sur les deux départements[1].
Le rapport du Sénat précise l'apport européen : cinq États membres ont proposé du matériel via le mécanisme de protection civile de l'Union, la France a retenu les Pays-Bas, la République tchèque et la Slovaquie, soit 600 sapeurs-pompiers au total, les Néerlandais fournissant quatre pompes de grande capacité à la première activation ; le besoin avait été estimé à 40 000 m³/h en novembre, l'équivalent de 166 pompes ordinaires[2].
Pourquoi on ne pompe pas n'importe où
Une pompe déplace l'eau, elle ne la fait pas disparaître. Elle n'est utile que là où un obstacle empêche un écoulement naturel : une écluse fermée par la marée, un canal saturé, une cuvette sans exutoire. Pomper une rue pendant que la rivière déborde encore revient à remplir un seau percé. Les grandes pompes sont donc positionnées par les hydrauliciens du commandement, souvent sur des ouvrages, et fonctionnent des semaines. Pour une cave ou un rez-de-chaussée, ce sont les pompiers locaux, puis les particuliers avec leur propre pompe une fois la décrue amorcée, qui interviennent.
Et sur la carte ?
Rien. Une pompe ne transmet pas sa position, et nous n'inventons pas de symbole pour un moyen que nous ne voyons pas. Les signalements d'habitants et la presse restent nos seules sources sur le terrain, la fiche méthodologie de la carte le rappelle.
Questions fréquentes
Pourquoi ne pompe-t-on pas dès le premier jour ?
Parce que pomper n'a de sens que si l'eau a quelque part où aller. Tant que la rivière ou la mer est plus haute que le terrain, l'eau pompée revient. Les pompes travaillent surtout à la décrue, aux points où un ouvrage bloque l'écoulement naturel, comme une écluse ou un canal saturé.
Que veut dire 37 000 mètres cubes par heure ?
C'est la capacité installée à l'écluse de Mardyck en novembre 2023 : chaque heure, l'équivalent de près de quinze piscines olympiques passait par-dessus l'ouvrage vers la mer. Les pompes de particuliers, elles, se comptent en quelques mètres cubes par heure.
Qui sont les sapeurs-sauveteurs ?
Les militaires des formations militaires de la sécurité civile, deux régiments et une unité d'instruction et d'intervention, rattachés à l'armée de Terre et mis pour emploi à la disposition du ministère de l'Intérieur. Ils forment les renforts nationaux envoyés quand un département est dépassé, en France comme à l'étranger.