Une nappe phréatique est une réserve d'eau souterraine, logée dans les pores et les fissures des roches, que la pluie recharge en s'infiltrant. Quand son niveau monte jusqu'à la surface du sol, elle provoque une inondation par remontée de nappe[1]. Le phénomène est discret : pas de vague, pas de courant, mais une eau qui sourd des sols, envahit les caves et peut rester en place des semaines.
Pourquoi en fin d'hiver, et pourquoi si tard
La recharge des nappes se fait surtout en hiver : il pleut davantage, il fait plus froid, l'évaporation est faible et la végétation au repos prélève peu d'eau ; en été, la recharge est souvent faible, voire nulle[1]. Le niveau maximal arrive donc en fin d'hiver ou au printemps, avec un retard qui surprend : les caves se remplissent parfois longtemps après les pluies qui en sont la cause.
Toutes les nappes ne débordent pas. Les plus exposées sont les nappes dites libres, qu'aucune couche imperméable ne sépare du sol, et dont la zone non saturée, la tranche de terrain où se mêlent air et eau, est mince[1]. Géorisques retient trois conditions qui déclenchent et prolongent l'inondation : une suite d'années plus pluvieuses que la normale, qui relève peu à peu les niveaux les plus bas ; un fort battement annuel de la nappe ; un grand volume d'eau stocké[1]. Les nappes de la craie et des calcaires, très vastes, produisent les inondations les plus longues ; celles qui reposent sur une couche imperméable débordent plus vite mais moins longtemps[1].
Ce que l'on voit sur le terrain
- Des vallées entières inondées par l'apport exceptionnel de la nappe, ce que Géorisques appelle le cas typique de la Somme[1].
- Des vallées sèches qui se remettent à couler, comme les valleuses de Normandie, des lignes de sources qui apparaissent bien en amont des sources habituelles, des mares temporaires sur les plateaux[1].
- Des remblais de routes ou de voies ferrées, construits en travers de vallons d'ordinaire secs avec des passages trop étroits, qui font barrage et inondent les terrains en amont[1].
Il est parfois difficile de distinguer une remontée de nappe d'une crue de rivière ou d'un épisode de pluie intense : les trois se combinent souvent dans une même vallée[1].
Les dégâts, pendant et après
Les dommages surviennent pendant l'inondation, mais aussi à la décrue de la nappe[1]. Les plus fréquents sont les sous-sols, garages semi-enterrés et caves noyés, des immeubles fissurés, des cuves enterrées, des piscines et parfois des canalisations soulevées par la poussée de l'eau, des routes et des voies ferrées endommagées, des pollutions[1]. À long terme, les infiltrations dans les murs peuvent désagréger les mortiers ; Géorisques recommande la prudence lors du pompage[2], car vider un sous-sol encore cerné par une nappe haute met le bâti sous contrainte.
Où elle a été reconnue
Les arrêtés de catastrophe naturelle distinguent les « inondations par remontée de nappe » des inondations et coulées de boue. D'après la base GASPAR lue par la carte, ce risque a donné lieu à 1 355 reconnaissances communales depuis 1982, très concentrées au nord de la Seine et dans les régions de craie : Pas-de-Calais (249), Somme (217), Oise (113), Eure (96) et Aube (93) sont en tête[5]. Le dossier départemental des risques majeurs cite la remontée de nappe pour 2 489 communes, et 755 communes sont couvertes par un plan de prévention qui en tient compte[5]. La page de chaque département précise si des épisodes de ce type y ont été reconnus.
Savoir si vous êtes concerné
Le BRGM a établi pour la métropole et la Corse une carte nationale des zones sensibles aux remontées de nappe, mise à jour en 2022, qui classe le territoire en trois catégories : zones potentiellement sujettes aux débordements de nappe, zones potentiellement sujettes aux inondations de cave, zones non sujettes[1][3]. Elle se consulte sur Géorisques et indique une probabilité à grande échelle, pas l'état d'une cave précise.
Pour suivre la situation, les piézomètres mesurent le niveau des nappes ; leurs données sont publiques sur Hub'Eau[4]. Le calque « Nappes » de la carte en direct place chaque piézomètre actif entre le plus bas et le plus haut niveau de ses douze derniers mois et dit s'il monte ou baisse sur une semaine. Dans une zone sensible, un niveau proche du plus haut de l'année est un signal pour mettre à l'abri ce qui est stocké en sous-sol.
Préparer un sous-sol exposé
Géorisques décrit plusieurs travaux qui limitent les dégâts dans une maison exposée : une pompe submersible installée dans le sous-sol, reliée à une source d'énergie sécurisée ; des clapets anti-retour sur le réseau d'eaux usées, pour que les eaux ne remontent pas par les sanitaires ; les produits polluants stockés en hauteur et les cuves de fioul ou de gaz arrimées ; les équipements électriques placés au-dessus du niveau que l'eau peut atteindre[6]. Après l'inondation, la fiche retour au logement détaille le nettoyage et les précautions électriques.
Questions fréquentes
Pourquoi ma cave est-elle inondée alors qu'il ne pleut plus ?
Parce que la nappe réagit avec retard : elle se recharge pendant l'hiver par l'eau qui s'infiltre, et son niveau peut continuer à monter des semaines après les pluies. Quand la couche de terrain sèche au-dessus d'elle est mince, l'eau atteint d'abord les caves et les sous-sols, puis parfois la surface.
Faut-il pomper l'eau de la cave au plus vite ?
Pas sans précaution. Tant que la nappe reste haute, l'eau revient, et Géorisques appelle à la prudence lors du pompage : vider trop vite un sous-sol encore entouré d'eau peut abîmer les murs et le bâti. Mieux vaut suivre l'évolution de la nappe et demander conseil avant de pomper.
Une remontée de nappe est-elle couverte par l'assurance ?
Elle peut l'être au titre des catastrophes naturelles : les arrêtés distinguent les « inondations par remontée de nappe » des inondations et coulées de boue. Il faut que votre commune obtienne un arrêté pour la période concernée, puis déclarer le sinistre dans les trente jours qui suivent sa publication.